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Un ordinaire encore trop rare

HANDI-Actu : le journal électronique des associations du handicap


La rentrée d'Océanie et de Phlox, son chien guide, au lycée Ledoux

C'est la rentrée pour Océanie et Phlox

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Un ordinaire encore trop rare.

Refuser un adolescent en situation de handicap dans un lycée ordinaire est désormais banni par la loi. Pourtant, même si la loi de 2005 véhicule ce message, les passerelles entre milieu ordinaire et spécialisé ne sont pas encore tout à fait rodées. Résultat, accueillir un adolescent en situation de handicap reste un micro événement au sein d'un établissement scolaire et ce, même si on ne veut pas "en faire toute une montagne".

Après 9 années d'une scolarité au Creesdev dans un établissement spécialisé pour les enfants déficients visuels, Océanie, 15 ans, intégre le lycée Ledoux. Un lycée ordinaire pour une adolescente qui a soif d'apprendre. Avec cette inscription, nous franchissons un grand pas témoigne Maria sa maman.

En amont de cette inscription, il a fallu mener des démarches, tenir bon et convaincre. Le Creesdev en particulier avait des réserves, sa prise de notes n'était jamais assez rapide... Mais, ca y est, nous y sommes et c'est une grande victoire. C'est la preuve que notre tenacité était fondée, que nous avions raison d'y croire. Mais surtout, surtout, c'est la preuve qu'Océanie, malgré sa déficience visuelle et auditive, est capable d'être au contact des autres comme n'importe quelle adolescente et de se mesurer à eux dans les mêmes disciplines. Je trouve terrible de couper un enfant de cet âge des autres adolescents du même âge et de ne pas laisser la chance aux capacités de se développer. J'espère qu'avec Océanie au lycée Ledoux, s'ouvre un chemin qui va devenir une route, voir même une autoroute. Il faut sortir les enfants handicapés de chez eux. A 16 ans on a besoin de se frotter aux autres et pas toujours d'être orienté vers des filières spécialisées...

Bien sûr, pour suivre les cours, quelques aménagements matériels sont à prévoir et pour ce faire, Maria n'a pas, une fois de plus, ménagé ses efforts. Car Maria part du principe qu'anticiper la nouveauté sera synonyme de débuts prometteurs. Je veux qu'elle soit le plus autonome possible et cela passe par un balisage du terrain. Ce que je crains le plus, c'est justement qu'Océanie vive un démarrage hasardeux, cette première immersion, c'est trop important. Elle supporterait très mal l'échec et pourrait se bloquer. Pour éviter ce phénomène, Maria a donc pris l'initiative de solliciter un entretien auprès du proviseur du lycée Ledoux, Marc Jaillet. Et, bilan au sortir de la rencontre : tout était possible ! Ils nous ont même fait visiter l'établissement. L'accueil téléphonique glacial lors de la prise de rendez-vous ne laissait pas espérer un tel dénouement. Ils s'imaginaient que je souhaitais un passe-droit, que de malentendus !...

Et raison de plus pour ne pas faire l'économie d'échanger de visus commentera Maria. "Avant notre visite, l'établissement ignorait tout des moyens matériels à mettre en place pour rendre possible l'intégration d'Océanie. Mais, après tout, c'est normal, c'est la première fois".

La rentrée pour Océanie
L'école pour tous

Pour faire taire la différence, quelques moyens matériels suffisent.

A la différence des autres élèves de la classe, Océanie prend des notes sur un clavier d'ordinateur portable adapté. Pour imprimer ou rendre ses devoirs, elle a besoin d'un local spécifique fermant à clef et situé, de préférence, à proximité de la salle de classe. Dans ce local, deux imprimantes doivent être prévues : une qui éditera les documents en braille suite à ses prises de notes et une autre, plus classique, pour l'impression des devoirs à rendre aux enseignants.
Quant aux enseignants, certains devront revoir leurs habitudes de langage et donner des précisions supplémentaires à leur descriptions, car il ne va pas de soi par exemple que les feuilles sont posées "là"... De quel "là" parle t-on quant on ne voit pas le geste qui accompagne la parole ?
A revoir également, les supports pédagogiques à prévoir en braille pour chaque cours et chaque matière. "Sur ce point tout n'est pas résolu" admet Marc Jaillet le proviseur, mais "les outils se mettent en place avec l'aide des transcripteurs du Creesdev" . Il y a fort à parier que, pour les premières interrogations, tout sera au point.

Toutes ces différences, l'équipe enseignante semble les avoir assimilées. Quant au transferts d'une classe à l'autre, le proviseur a souhaité qu'ils soient limités au maximum. D'un commun accord, dans la classe d'Océanie ce seront donc les professeurs qui se déplaceront et non les élèves.

Pour le supplément d'âme, des aides humaines et animalières.

Pour l'aider dans les actes de la vie ordinaire, Océanie bénéficiera de l'accompagnement de Chléo son AVS* de formation. Pour ses déplacements, elle sera accompagné de Phlox, son chien-guide. Grâce à l'animal, Maria en est persuadée, Océanie s'intégrera plus facilement à son nouvel environnement. Pour la première fois, elle marche seule en tête dans la rue et les témoignages de sympathie se sont multipliés par dix, "tout ça grâce à ce beau gros nounours de Phlox". D'après un professeur, "il fait bon enseigner dans des classes où il y a un chien-guide. Les élèves y sont moins dissipés et plus respectueux". Comme quoi nos grands ados sont capable d'éviter la spirale de la déconcentration. Les bienfaits, dans une salle de classe de la présence d'enfants en situation de handicap auprès d'enfants dit ordinaires ne sont plus à démontrer, notamment en terme d'ouverture à la différence. Quant à la présence de chiens-guides, cela peut se traduire comme un effet secondaire bénéfique de plus. A quand plus d'enfants handicapés dans les classes ordinaires et à quand des chiens-guides confiés plus facilement à des enfants qui en ont besoin ? FMB