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: Besançon a planté sa vigne

Besançon a planté sa vigne

En 18 mai 2010,  la Ville de Besançon a planté de 30 ares de vignes, répartis en 3 cépages :
chardonnay pour le vin blanc, pinot et trousseau pour les vins rouges.

En 2008, le Maire de Besançon, Président du Grand Besançon, faisait part de sa volonté d'établir un lien avec le long et riche passé viticole de la ville en plantant une vigne municipale.
Avec l'aide et le conseil des vignerons professionnels et amateurs passionnés, un terrain a été choisi à Velotte.
Ce projet, qui s'inscrit dans le programme plus global conduit par la Ville de valorisation des flancs de collines de la vallée du Doubs retournés à l'état de friche, réintroduit des activités permettant de reconquérir ces anciens terrains agricoles, en lien avec les acteurs locaux telles que l'association bisontine de pomologie et l'association des jardins familiaux.

Après le temps nécessaire à la préparation et au repos du sol, les Pépinières Guillaume de Charcenne ont procédé depuis le 18 mai, à la plantation de 30 ares de vignes, répartis en 3 cépages : chardonnay pour le vin blanc, pinot et trousseau pour les vins rouges.
La conduite de la vigne sera ensuite assurée par un jeune vigneron Mr Géraud FROMONT - qui, assisté par la Direction des Espaces Verts de la Ville, mettra en oeuvre des pratiques culturales respectueuses de l'environnement.

vidéo : plantation de la vigne municipale

La situation

Les parcelles retenues, situées à Velotte sur les parcelles LO 144 et LO 115, au lieu-dit « Les Equeugniers », le long du Doubs sur les contreforts du Fort de Planoise, bénéficient d'une très belle exposition plein sud avec un ensoleillement maximum. A proximité immédiate, l'association des jardins familiaux dispose de parcelles cultivées et plusieurs horticulteurs ont une production sous serre.
Ces terrains étaient encore il y a quelques décennies plantés de vignes, ce qui permet de penser que le site est bien adapté à ce type de culture. Preuve en est également la présence d'une caborde sur le site.

caborde

Les parcelles sur lesquelles la vigne sera plantée étaient des vergers, en friche depuis de nombreuses années.

préparation
Compte tenu d'une surface de 30 ares, il faut tabler sur une plantation de 1800 pieds.
En fonction de la fréquentation animale (lièvres, lapins) une protection pour les jeunes plants sera prévue. De même, lors de la maturité des raisins, des filets de protection contre les oiseaux et une clôture électrique contre les blaireaux seront mis en place.

Implantation

3 cépages seront plantés : chardonnay pour le vin blanc, pinot et trousseau pour les vins rouges.

  • Chardonnay : 1500 m² 
  • Pinot  1000 m²
  • Trousseau 500 m² 

Total : 3000 m²
 

Sur la base d'un rendement estimé de 40 hectolitres à l'hectare, cette surface permettra de produire 1200 litres de vin

 plantation plantation

L'entretien

Dans un souci de respect de l'environnement, l'entretien du sol se fera par la méthode traditionnelle naturelle sans emploi de désherbant.
Un choix devra être fait au niveau du matériel :

  • soit du petit matériel : motoculteur - pulvérisateur - pioches ;
  • soit du gros matériel, c'est à dire un petit tracteur étroit avec possibilité d'installation du pulvérisateur sur le tracteur éventuellement avec bêcheuse et sarcleuse.

La finalité

Outre les aspects environnementaux, culturels et pédagogiques, la vigne municipale a pour finalité la production d'un vin municipal.
Le vin produit sera servi par la Ville lors des vins d'honneur organisés par la municipalité, ou offert en cadeau à ses invités.
En aucun cas, conformément à la règlementation applicable aux vignes culturelles, la vendange ou le vin produit ne pourront être vendus.
De même, le vin produit ne pourra pas être redistribué entre les personnes ayant participé à son élaboration.
A l'issue de la période d'expérimentation qui sera accordée (qui est souhaitée pour une durée de quarante ans), la vigne devra être arrachée.

Histoire du vignoble bisontin

On ignore la date des premières vignes à Besançon.
Un chroniqueur signale en 1161 la qualité des vins de la cité.

En 1162 est signalé le vicus de Vignier.

En 1289 lors du siège de la ville, Rodolphe de Habsbourg fait arracher les vignes.

Au 13ème siècle des terres sont aménagées en vignes moyennant augmentation du cens. Il y a alors des clos en ville appartenant aux clercs (St Vincent, St Jacques) et sur la rive droite du Doubs (Battant).

En 1522 un édit des gouverneurs précise : " le vignoble est la vraie substance de la cité".
Comme la plupart des cités de l'époque, Besançon était une ville à moitié agricole. Hors des murs, plus de 15% du territoire communal lui sont désormais consacrés, soit un progrès notable depuis le 13ème siècle.

Le plan de la ville de 1575, puis les suivants indiquent que le vignoble occupe toutes les pentes entourant la boucle, à l'exception du sommet de Bregille et de la colline de Chaudanne.
Il a donc fallu rationaliser les méthodes de culture, améliorer la qualité des vins et organiser en même temps que les circuits de vente la défense du marché local.

Dès 1452, les autorités fixent la taxe des vins qui varie suivant trois qualités de vins. Ils fixent également le ban des vendanges (jusqu'en 1841), interdisent le travail à la tâche de peur qu'il soit mal fait, font surveiller les vignes et les chemins vicinaux, contrôlent la qualité des produits livrés sur les marchés, recommandent des plants nobles, pinot, trousseau, savagnin. Les crus sont classés selon les normes de qualité soigneusement définies. Beaucoup sont relativement ordinaires, destinés à la clientèle pauvre locale. Mais certains sont renommés et font l'objet de soins jaloux, comme ces hautes costes de Ragot ou Tuffet.

Pour réaliser de meilleurs profits, on cherche à limiter l'extension des plants médiocres tels que les gamays, les melons ou les bregins (édit répétés en 1507, 1548,1592, 1703, 1710, 1731, 1732, 1782).
Le ban ou calendrier des vendanges est fixé suivant les quartiers : ex en 1737, 1er le clos de Battant le 26 septembre, 2e Bas de Charmon et d'Arênes le 27, le 3e la petite Gisey, Bregille le 28 et le 30 septembre, le reste Ragots, Trochaté.

Évêque garde le droit de bon vin (vendange deux jours avant les autres).

Dans le clos des gros propriétaires, les vignes sont généralement traitées en échameys, technique coûteuse mais efficace, venue d'Alsace. Chaque parcelle est divisée en carrés d'une dizaine de mètres de côté, séparés par des travées d'exploitation. Les ceps sont pourvus d'échalas, ou merrains, d'un bon mètre de haut, reliés entre eux par des perches horizontales sur lesquelles on attache les sarments. De cette manière, les raisins sont mieux protégés des
intempéries.
L'exploitation est le plus souvent réalisée par des vignerons professionnels selon des contrats à tiers ou à demi-fruit, avec un calendrier précis des travaux, ou par des ouvriers agricoles spécialisés, payés à la journée selon la nature des tâches effectuées. Ceci repose sur une organisation particulière de la société bisontine. Plusieurs milliers de journaliers et de propriétaires tirent leur subsistance d'un travail qu'ils effectuent pour quelques centaines de familles fortunées constituant des classes moyennes et supérieures. Le faire-valoir direct n'est donc pas majoritaire, ce qui suppose des liens de dépendance plus ou moins complexes entraînant une certaine solidarité d'intérêts.

Les vignerons ont interdiction de s'assembler en confréries (Saint-Vernier -1522), de là une émeute en 1537 : Barbisier, le meneur est banni.
En 1532, Gauthiot d'Ancier, hostile au clergé, prescrit l'arrachage des vignes dans la cité (édit des clos), mais Granvelle, qui souhaitait l'appui de l'Eglise contre la Réforme, fait révoquer l'édit en 1537.
A certaines époques, comme en 1588, on interdit la vente de vins étrangers, même ceux du duché sous le fallacieux prétexte qu'ils seraient de moindre qualité ("attendu qu'il ne sera pas de telle bonté") et on ne garde que celui de Besançon (cette défense fut renouvelée en 1652 et 1659).

En 1609 il y a 15 vignerons parmi les 28 notables et ils tentent de faire prévaloir leurs vues : fin de la taxe des vins, rachat de la dîme, prohibition des vins étrangers. A l'inverse on ne dédaigne pas d'exporté les surplus vers la Bourgogne, la Lorraine et l'Alsace.

C'est sans doute pour maintenir la paix sociale que les gouverneurs érigent des protections douanières et des droits prohibitifs frappent tous les vins estrangers, (en 1732, les droits d'entrée s'élèvent à 20 499 livres). A cette même période Besançon compte 3000 vignerons ; en 1687, ils étaient 6000.

En 1739, « La ville de Besançon ne trouve ses ressources que dans les vignes ».

Dès qu'un hôte de marque séjourne à Besançon, il repart avec force bouteilles ou une futaille des meilleurs crus (en 1668 Condé est accueilli avec 12 grands brocs de vins).

En 1731, à la réception de l'archevêque, 50 vignerons vont l'attendre à Chatillon. Le prélat reçoit 50 bouteilles de vin. C'est la fête dans les 28 églises et les réjouissances durent du 24 juin au 22 juillet. La fontaine de Saint-Pierre fait couler du vin par les 2 becs de l'aigle.

La vie du vigneron n'était pas facile. Lorsque l'année était mauvaise la récolte était perdue et lorsqu'elle était bonne, le vin se vendait mal : "dans mon pays, disait Proudhon, trois années successives d'abondance ruinent le vigneron".

Le bois pour les échalas était pris en forêt de Chailluz mais lorsque le lieutenant du roi limitait les prélèvements, les vignerons pillaient les chantiers de bois.

Le vin se gardait mal et se vendait peu à l'extérieur. La situation s'aggrava avec toute une série de mauvaises récoltes, 1740, 1770, 1789 et de 1812 à 1817. Pendant ce temps les taxes n'avaient cessé de s'accroître. Aux droits sur les vins s'ajoutait un impôt sur l'eau de vie pour les bouilleurs de crû.

En 1820, les vins du midi arrivent par bateaux et l'achèvement du canal du Rhône au Rhin en 1832 allait accroître ce trafic au grand préjudice des vignerons de Besançon.

Le 24 septembre1830, le bureau des agents du fisc est envahi par les Bousbots qui exigent l'ajournement des taxes. Le droit est supprimé puis rétabli (en 1918, il est de 2 francs par bouteille).

Dès 1851 la maladie des vignes (mildiou puis phylloxéra en 1882) signa le déclin de la vigne à Besançon, malgré de bonnes récoltes en 1859 et 1870. Le vignoble bisontin passa de 1200 ha en 1830 à 600 ha en 1900, 151 ha en 1929 et 120 ha en 1920.
bonnes années : 1812, 1819, 1826, 1848, 1859, 1860, 1875
mauvaises années : 1810, 1821, 1816, 1818, 1825, 1843, 1850, 1851, 1852, 1853, 1873

Au début du 20ème siècle, on continua à faire du vin par habitude et pour son usage personnel en allant chercher les grappes non pas dans les vignes, mais à la Viotte, au marché au raisin.

dernière modification le 22/01/2016 à 10h21